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La musique à Metz
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Le Concert Spirituel - Hervé Niquet -
- Les Sept dernières paroles du Christ, de Haydn -
Concert à la salle Poirel, Nancy, vendredi 21 avril 2000
Les 7 dernières paroles du Christ sur la Croix
version originale pour orchestre (1787 - 1795)
Introduction
Bon, il va falloir régler son oreille pour la rudesse des instruments d'époque: ça gratte par ci, les cuivres crient par là... Mais d'emblée le rythme entraîne, comme une tendresse qui avance dans la nuit de la foi, ondulante et irradiante. Oups, un petit dérapage des violons. Par moments ils ne jouent pas assez déliés.
1- Voilà la récitant qui avance: on ne peut pas le manquer tant il prend de place. Il est pourtant tout petit. Sa voix est nasale. Ce n'est pas sa faute. Il récite cette première prière comme une clausule. Sait-il seulement ce que c'est que demander pardon?
Musique!
Pas si vite: on n'est pas encore dans les tribulations finales! Ah... ça y est: grâce à l'entrée des bois, je me pose en méditation. Elévation. Le hautbois, notamment, est priant.
2- Récitant: bien les accents lucifériens pour le premier larron; mieux la prière, pour le second. Pour Jésus aussi le ton est juste, l'accent sur "aujourd'hui".
Musique: les toutes premières notes de l'introduction surprennent mais on est tout de suite rassuré. Le ton est ludique par moments. Bien le rythme lancinant (cordes et cuivres). La reprise est plus ample. La fin caressante et délicate.
3- R. Des pauses théâtrales maintenant! Où se croit-on? De la tendresse dans le ton, certes, mais aucune intériorité spirituelle.
M. Ici, le rythme est contestable et inégal. La flûte est belle avec ses éclairs de pureté. A la fin, on retrouve avec paix cette tendresse priante déjà approchée plus haut.
4- R. Ici je dis non! A ce récitant, on aurait envie de dire que Dieu n'est pas dans sa bouche. Ou alors, qu'il ferait bien de l'y laisser entrer!
M. Le son se liquéfie. Dès le lancement du thème par le violon solo, il devient une pâte, comme un corps qui fondrait. Bravo! Enfin, une prière et des tribulations, du désespoir au chant.
5- R. L'introduction est correcte mais le "J'ai soif" est ridicule: il voudrait faire l'enfant mais il conserve une gouaille distanciée.
M. Ça y est, je suis dedans. Ça chante, ça frémit et pourtant le sens est livré tel quel. Le surgissement de la reprise a été raté: dommage, il semblait bien préparé, mais les violons ont accusé un petit retard. Le son devient étrange, celui des cuivres notamment; leurs decrescendos sont très intérieurs. Ensuite, la reprise avec des pizzicati, et avec les bois qui chantent au-dessus, est très belle.
6- R. Encore ces pauses de théâtre: didactiques, pédantes maintenant.
M. Il y a bien deux ou trois rythmes surprenants mais je reste dans le texte. Ça se déploie, ça se délie, ça exprime. Un vrai moment de contemplation tragique.
7- R. Impossible, c'est une farce! Il met les accents n'importe où: "sur toute la terre", "mon esprit entre tes mains". Cet histrion a-t-il jamais, une fois dans sa vie, écouté une prière eucharistique?
M. Admirables ces phrasés conclusifs. La musique elle-même se prépare à disparaître. Le silence va naître. C'est la flûte qui achève de l'annoncer.
Le terremoto est enchaîné sans pause; magnifique de concision et de netteté. Ce n'est plus de la musique, c'est bien le chant de la "terre remplie de la connaissance de la gloire de Dieu" (Habaquq).
On l'aura compris: nous avons aimé les musiciens, mais pas supporté le récitant. Il ne sait pas ce qu'il dit. Sous les applaudissements, il a encore le culot de rendre le geste de présentation au seul véritable célébrant, Hervé Niquet et ses musiciens. Merci à eux pour leur simplicité et leur humilité face à la musique; et envers le sujet.
Bruno Masala
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