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...VOYAGE DANS L'ANCIEN MONDE JUIF


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FRAENKEL est un patronyme rabbinique  |  1-La Famille (Heller)-Fränkel-Mirels: une destinée allemande  |  2-Les Teomim-Fränkel, toujours plus à L'Est  |  3-Les Fränkel-Spira: une grande famille en Bohème  |  Conclusion  |  Bibliographie


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FRAENKEL est un patronyme rabbinique

Il fut adopté par un groupe de familles qui avaient séjourné en Franconie (en allemand Franken) pendant le Moyen-Age, non loin des brillantes communautés de la vallée rhénane, réputées à Babylone et jusqu'au Yémen.
Dans l'ancien monde juif, avoir un nom rabbinique, c'était s'inscrire dans un système complexe de parentés et de mouvements de pensée, comme ce fut aussi le cas des prolifiques lignages Horowitz, Auerbach, Rabinowicz, Rapaport, Heilprin, Shor et Margolis, eux-mêmes tous apparentés aux Fraenkel.
L'orthographe latine du nom est sans importance, car il peut y en avoir plusieurs dans la même famille sur deux ou trois générations: elle va, des pays germaniques aux confins de l'Ukraine, de l'ancien Fraenkel à Frankl, en passant par Fränkel, Frankel, Frenkel, Frenkl, Frenkiel, Frinkel ou même Fraikin, Freikin et Fradkin.
Les Fränkel seraient représentatifs à eux seuls, dans une histoire d'environ dix générations, des grandes transformations qui ont marqué la société juive au cours de ces derniers siècles.
Apparentés ou alliés dès la fin du XVIè siècle aux grands chefs spirituels du judaïsme européen, pionniers de la modernité et des Lumières juives pour certains, ils ont concouru à métamorphoser le paysage économique et culturel de l'Europe. Tout a commencé avec la famille Heller, celle des rabbins souabes Moses et Aaron Heller, qui vivaient à Wallerstein en Bavière à la fin du XVIè siècle. La guerre de Trente ans a obligé une fraction de cette famille à partir pour Vienne et Prague. Parmi les personnes installées à Vienne se trouvait le marchand Jacob (Koppel) Fränkel ha-Lévi "le riche" (mort à Vienne en 1670), descendant de Moses Heller, et le premier à avoir fixé le patronyme; il appartenait lui-même à une nombreuse famille, dont les branches ont longtemps porté indifféremment les quatre patronymes Mirels/Heller/Fränkel/Neumark, avant que les membres ne finissent par choisir "Fränkel". La première famille de ce nom fut donc composée de trois branches parentes (qui ne descendaient pas toutes des Heller), auxquelles sont venues s'adjoidre, à la fin du XVIIè siècle, les familles pragoises Teomim et Spira. La souche des Fränkel est quintuple et s'est encore compliquée par des mariages entre les différentes branches. Cette complexité est constitutive de la structure des familles Fränkel qui en sont issues.
Le deuxième élément déterminant est l'expulsion des Juifs de Vienne en 1670. C'est à cette date que la première famille Fränkel cesse de vivre dans une aire géographique rapprochée (essentiellement Vienne et Prague) pour se disperser dans toute l'Europe centrale, puis orientale: Allemagne, Moravie, Pologne-Lithuanie. Le nom sert alors, de façon caractéristique, à maintenir une topographie familiale.
 

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1. La Famille (Heller)-Fränkel-Mirels: une destinée allemande

Issue des dix enfants de Koppel Fränkel, elle s'est multipliée à Fürth (où elle a fondé une synagogue de ce nom), dans tout le Brandebourg, à Worms, à Altona, en Silésie (avec des ramifications à Vienne aux XVIIIè et XIXè siècle), mais aussi, sous le nom de Neumark, en Lituanie, en Angleterre et en Hollande. D'autres encore, à Wandsbeck, Bingen, Zweibrücken, Dessau, Brunn, Hanau, Copenhague, Stockholm.
De cette famille sont issus Yomtov Lipman Heller (Wallerstein 1579/Cracovie 1654, grand commentateur, auteur des "Tossafot Yomtov", et cousin de Koppel Fränkel, il perennisa le site du quartier Juif de Vienne à Leopoldstadt avec l'accord de l'empereur Ferdinand II); Henoch, fils de Koppel, et professeur d'hébreu de Wagenseil; Zwi Hirsch (XVIIIè, Grand-Rabbin de Brandebourg-Ansbach); David (Berlin 1704/Berlin 1762, un Mirels-Neumark, Grand-Rabbin de Berlin); Jonas (Breslau fin XVIIIè/Breslau 1846, important philanthrope, qui dota bien des demoiselles Fränkel à Breslau par le biais d'une institution qu'il fonda, permit l'ouverture du Séminaire rabbinique de Breslau, «die Fränkelsche Stiftung », fonda également des hôpitaux, des orphelinats, et exerça des fonctions gouvernementales); Zacharias Frankel (Prague 1801/Breslau 1875, Grand-Rabbin de Dresde puis directeur du Séminaire de Breslau); sa petite-nièce épousa le grand homme de la Science du Judaïsme , Leopold Zunz.
En est encore issu le célèbre rabbin d'Altona, Jacob Emden (XVIIIè s.), qui prit position contre le Sabbataïsme et laissa une autobiographie qui instruit sur les problèmes que se posait la génération précédant Moïse Mendelssohn. La descendance de Jacob Emden, dont la famille Zwillinger, fut nombreuse en Angleterre et en Hollande, où officièrent plusieurs rabbins.
Il y eut encore la prestigieuse famille Ephraim-Fränkel de Berlin, des banquiers et pourvoyeurs de métaux précieux pour la monnaie qui, avec leurs alliés Itzig, financèrent la participation de la Prusse à la guerre de Sept ans.
D'innombrables autres familles se trouvèrent, par la suite, issues de ce premier noyau: la famille Ephrussi d'Odessa (issue de Michel Ephrussi et Amélie Beer); la famille De Haber; la famille berlinoise Beer, issue de Jacob Beer et d'Amalie Wolf-Meyer-Fränkel, descendante de Koppel Fränkel) dont les membres les plus connus sont Wilhelm Beer (Berlin 1795/ Berlin 1850, astronome, une montagne de la Lune porte son nom) et le grand compositeur Giaccomo Meyerbeer (Jacob Beer, Rudersdorf 1791/ Paris 1864). Le miniaturiste de la Cour du Danemark, Liepmann Fraenckel, né dans le Mecklembourg à la fin du XVIIIè siècle, en est très probablement issu, de même que le médecin de Nijinsky, le "Dr. Fränkel" de St-Moritz.
Ce fut encore le cas, au XIXè siècle, par le biais de membres convertis au christianisme, de familles aristocratiques allemandes comme les Klausewitz , les Moltke et les Wedel, ou françaises comme les Ganay, les Faucigny-Lucinge, les Broglie, puis des Sainte Olive, Durfort Civrac de Lorge, Andigne, Maille de la Tour Landri.
Au XXè siècle, nombre d'autres descendants ont émigré aux États Unis ou en Israël.


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2. Les Teomim-Fränkel: toujours plus à L'Est

Cette famille descend des neuf enfants de Moses Aaron Lämel Teomim-Fränkel (XVIIè siècle à Prague) et de Rifka Stern Hurwitz (fille d'Israël Horowitz, du nom de la célèbre et richissime famille pragoise qui eut les faveurs des Habsbourg au XVIè siècle, et leur prêta beaucoup). Les Teomim étaient déjà connus à Prague, où Rachel Teomim (une descendante des Horowitz, également) épousa...Yomtov Lipman Heller. En hébreu, TEOMIM signifie "jumeaux".
La famille Teomim-Fränkel, qui donna autant de rabbins que la branche précédente et occupa la totalité des postes rabbiniques d'Europe orientale, s'est multipliée à Prague, en Bohème, et a essaimé en Galicie, Podolie, et en Volhynie: dès le début du XVIIIè siècle, on les trouve à Czortkow (Liebus Fränkel-Teomim), à Lwow (Josef Fränkel), à Zbaraz (Aaron Fränkel), à Chmielnik (Isaac Jair Fränkel-Teomim), à Rzeszow (Ezekiel Joshua Feiwel Fränkel-Teomim), à Jaroslaw (Zecharia Mendel Fränkel) à Lubartow (Israël), à Opatow (un dénommé Aryeh Liebu épouse une Fränkel), à Berdichev (Pearl, fille d'Israel de Lubartow, épouse Lévi Isaac), à Przemysl, Grodno, Ostawsze, Kalucz, Plock, Krotoschin, Worms, Bingen, Zweibrücken, Cracovie... On trouve également, dans le cimetière juif de Brody, des tombes de membres de la famille Fränkel, au XVIIIè siècle. Brody, ville frontalière perdue par la Pologne en 1772 avec le reste de la Galicie devenue autrichienne, fut, au cours du XVIIIè siècle, le plus important centre d'études juives en Europe.
Sont issues de Chaïm Jonah Teomim-Fränkel (qui fut grand Rabbin de Zolkiew en Galicie, puis de Metz jusqu'à sa mort en 1669) et de Bella Wahl (fille de Saul Wahl), les familles galiciennes Thumim, Ashkenazi, Speiser (de Skalat), Citron,Tannenbaum, ainsi que les Bondi, Wise, les célèbres Warburg (de Hambourg), David Sassoon, le Pr. Adolf Fraenkel, le violoniste Yehudi Menuhin, de nombreuses dynasties hassidiques d'Europe Orientale, dont celle du rabbin Schneerson, chef spirituel du mouvement Loubavitch. En est encore issue la famille, galicienne également, d'Helena Rubinstein (Cracovie 1871/New York 1965). Au XIXè siècle, il y avait à Czortkow la famille du propriétaire terrien David Fränkel (né en 1850 et mort après 1918) et de son fils Chaïm Fränkel (né en 1868 et mort dans les années 1920), alliés au politicien I. Ignacy Schwartzbart (Chrzanow 1888/New York 1961), à la famille Horowitz de Zabeszczyko, et au banquier et président de la communauté de Lwow Wiktor Chajes (fusillé par les russes en 1941). Il y avait plusieurs familles Fränkel à Brody, dont celle dont est issu l'écrivain Leo Herzberg-Fränkel (Brody 1827/Teplitz-Schönau 1915).
Est issue de cette famille (mais aussi des Mirels!) la femme du rabbin Ephraïm Chajes, de la célèbre famille de ce nom, arrière-grand-cousin du Grand-Rabbin de Zolkiew et pionnier d'un judaïsme critique, Zwi Hirsch Chajes (Brody 1805/Lwow 1855).
Au XXè siècle, il y en avait partout en Pologne et en Russie: à Odessa, à Kiev, à Moscou (le médecin de Boris Pasternak, du "Litfond"); on pense aux peintres Borwine-Frenkel (né à Kiev et mort à Paris) et Alexandre Frenkel, né à Odessa; au savant Jacob Illitch Frenkel (Rostov sur le Don 1894/Léningrad 1952, découvreur du "défaut de Frenkel " dans les cristaux); au commandant de L'IRGOUN de Varsovie, Pawel Frenkel; aux banquiers (convertis) Frenkel de Varsovie (apparentés aux ancêtres d'Henri Bergson); à la famille du polonais Baruch Fränkel, devenu libraire à Budapest sous le nouveau nom de « Bernat Ferenczi », et dont le fils allait être le célèbre psychanalyste Sandor Ferenczi (1873/1933); dans le même esprit encore, au révolutionnaire hongrois devenu communard, Léo Fränkel...


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3. Les Fränkel-Spira: une grande famille en Bohème

Cette famille, à la descendance innombrable, est issue du mariage d'une fille de Koppel Fränkel, Esther, avec Benjamin-Wolf Spira, mort en 1715 à Prague. Leurs descendants ont essaimé dans toute la Bohème-Moravie et en Allemagne, et ont exercé le pouvoir spirituel à Prague et en Bohème. On trouve près d'une centaine de sépultures dans la seule ville de Prague. Ils étaient apparentés aux Wiener, Wedeles, aux Krochmal, au Grand-Rabbin de Prague David Oppenheimer (neveu du banquier Samuel Oppenheimer, à la fortune légendaire), et, par divers mariages endogames, au reste de la famille Fränkel.
L'un des membres de cette famille fut à l'origine d'un drame: Simon Wolf Fränkel-Spira (mort à Prague en 1745), grand notable de la communauté juive, participant à un cortège à l'occasion de la naissance du futur empereur Joseph II, apparut dans un carrosse absolument magnifique qui excita l'envie de la foule; à la première occasion, cette démonstration de prestige fut "vengée" par le sac du quartier juif de Prague. Le scandale fut tel que l'impératrice Marie-Thérèse, qui n'aimait pas les Juifs, décréta leur expulsion de Prague pour quelque temps; Simon Wolf Fränkel-Spira en perdit la raison.
Le grand poète autrichien Ludwig-August Frankl (Chrast, en Bohème 1810/Vienne 1894) appartenait également à cette famille, mais descendait aussi des Mirels; un de ses cousins était le célèbre et déjà mentionné Zacharias Frankel de Breslau: ils sont allés à l'école juive élémentaire (le Cheder) ensemble, et sont demeurés en contact tout au long de leur vie.
C'est vraisemblablement de cette branche que descendaient encore le créateur de la logothérapie, Viktor Frankl (Vienne 1907/Vienne 1997), l'historien d'art Paul Frankl (Prague 1879/Princeton 1962), le grand-rabbin de Berlin Pinkhas Fritz Frankl (Uhersky Brod 1848/Berlin 1887), le rabbin et historien Adolf Frankl-Grün (Uhersky Brod 1847-1916, son fils, Oscar Benjamin Frankl, fut universitaire à Prague, Vienne et aux USA), ainsi que le peintre Adolf Frankl, juif allemand, qu'un musée honore désormais à Nuremberg.
L'orthographe « Frankl » était répandue en Bohème-Moravie, au point qu'il semble que le patronyme ait pris cette forme spécifiquement dans cette région.


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Conclusion

Depuis les temps où vivait Moses Heller à Wallerstein, les Fränkel ont été dispersés dans toute l'Europe. L'expulsion des Juifs de Vienne en 1670 a fait éclater une famille en mille; pour vaincre le temps et l'espace, les gendres prenaient le nom de leur femme, les petits-enfants celui de leurs grand-parents. L'endogamie s'est beaucoup pratiquée au cours du XVIIIè siècle.
Avec le temps, l'histoire générale des Fränkel est devenue plus abstraite, mais avoir établi l'origine des cinq branches Heller, Mirels, Neumark, Teomim et Spira, ne peut que contribuer à l'histoire générale du judaïsme en Europe. Le présent article a eu pour objet de proposer une synthèse.
Depuis un siècle, les recherches sur la famille Fränkel vont vers toujours plus de précision: aux éditions successives de l'Encyclopedia Judaica se sont ajoutés les travaux de Max Polonovski, Dan Rottenberg, A. Beider, N. Rosenstein et les frères danois Louis et Henry Fraenkel. Le schéma structurel a d'ores et déjà atteint un degré élevé de complexité, mais beaucoup reste encore à faire.

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Bibliographie:

  • M-R Hayoun: Les Lumières de Cordoue à Berlin , 2 t., 1996, chez Lattès.
  • William O. McCagg Jr: Les Juifs des Habsbourg 1670/1918 , 1996, P.U.F..
  • Bulletins du Cercle de généalogie juive de Paris, été 1995 . Tables généalogiques.
  • Rabbi Jacob Emden: Mémoires (écrits au XVIIIè s., publiés en 1992 au Cerf).
  • H. Tietze: Die Juden Wiens , 1987, éditions Atelier.
  • Alexandre Beider: Dictionnaires des noms juifs en Pologne et en Russie .
    Cet ouvrage prend en compte les travaux de Max Polonovski concernant les patronymes rabbiniques.
  • Neil Rosenstein: The unbroken chain . 2 tomes de tables généalogiques, un travail de titan, vraisemblablement à la mesure des lacunes laissées par la dernière guerre mondiale.
  • Louis et Henry Fraenkel: Forgotten fragments of an old jewish family, Copenhague 1975. Dix tables généalogiques (incomplètes de l'aveu des auteurs!) contenant près de 5000 personnes dont les familles Fränkel et Teomim-Fränkel, qui complètent merveilleusement le travail de Neil Rosenstein.
  • Encyclopedia Judaica Jérusalem, 1971, vol. 7 .
  • Dr. Yomtov Bato: Koppel Fränkel une seine Nachfahren. Die Schicksale einer deutsch-jüdischen Familie im Wandel von mehr als drei Jahrhunderten, Israelitisches Wochenblatt, Zürich, n. 27, 3 juillet 1964.
  • Leopold Löwenstein: Die Familie Teomim, in Monatsschrift für die Geschichte und Wissenschaft des Judentums, Breslau, 1913.
  • M. Brann: Zacharias Frankel, Gedenkblätter zu seinem hundertsten Geburtstage , Breslau 1901. De précieuses indications sur les Fränkel-Spira.
  • Ludwig Lazarus: Neue Beiträge zur Geschichte der Familie Fränkel-Spira (vers 1900).
  • Ludwig-August Frankl: Zur Geschichte den Juden in Wien (der alte Freithof), Vienne, 1847.
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© Olivier Giroud-Fliegner, mars 2000.