Tête métaphysique

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Lorsque Modeste Moussorgskij compose les Tableaux d'une exposition, il tente la coïncidence du trait pictural et de la note.
Pouvoir suggestif de l'image, correspondance des accords architecturaux et de la masse aérée de la Grande Porte de Kiev.

Mais comment peindre la métaphysique? Ici s'établit la relation entre l'image et le concept; suprême difficulté, étant donné l'immatérialité de la métaphysique, ce "tout-autre", selon l'expression de Vl. Jankélévitch.
Comment l'image, métaphore, peut-elle "dire" la métaphysique?

Le peintre Michel Chemiakine (cf. L'art russe non-officiel à l'épreuve de la modernité), en composant "Tête métaphysique ", porte à l'image ce propos vertigineux de Jankélévitch: "La pensabilité ou essentialité de toute pensée est coessentielle à l'essence pensante" (in Philosophie première ).
La tête de Chemiakine EST métaphysique. C.Q.F.D.

Jeu de symboles: la tête est le point initial de la conscience du fait métaphysique; en même temps elle est coessentielle à ce qu'elle pense, dans la mesure où la métaphysique implique le fait d'être pensée.

La tête n'est pas à visage humain, elle est devenue un réseau inextricable de lignes de couleusr.
L'art fait accéder cette partie du corps à une signification seconde dans la sphère esthétique, mais première dans la sphère métaphysique: la pensée est un tissu d'idées et de tensions conceptuelles. Cérébralité.

Chemiakine révèle encore la métaphysique comme attitude. L'homme se perd dans l'hétérogénéité, mais cette perte le rend humain (cf. Caducité du "plutôt que").
Mais le peintre n'a pas "vu" la métaphysique pour autant.
Ce tableau est une manière de peindre .

olivier

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© Olivier Giroud-Fliegner, août 1998.